Keulion : « C’est primordial d’intégrer l’éducation artistique dès le bas âge »

Figure d’un art contemporain pas courant et un pionnier de celui-ci au 237, Kwata Magazine va à la rencontre Clovis Arnaud KEULEU NGUEKAM (Keulion) artiste peintre qui nous a accordé une interview des plus passionnante.

D’où vous viens l’amour pour les couleur et l’artistique ?

Je ne saurais définir une origine exacte pour l’amour des couleurs et de l’art. Je pense que ce sont des choses qui nous sont naturellement imposées. Je suis issu d’une famille d’artisans : mon père était tapissier de formation et ma mère styliste de formation. Ce sont des métiers de création et vous pouvez comprendre que ce que je fais ne découle pas de nulle part.

Pourquoi Keulion comme nom d’artiste ?

Avant tout j’aimerais rappeler que, je suis KEULEU NGUEKAM Clovis Arnaud de mon vrai nom. « Keulion » où le préfixe « lion » est dérivés de lion indomptable. À une époque de ma vie j’envisageais faire une carrière de footballeur. Et j’étais un joueur très hargneux, d’où le lion.

Vous êtes un bachelier scientifique, était-ce facile de faire accepter auprès de vos parents votre choix pour des études supérieures en art plastique ?

J’ai en effet obtenu un baccalauréat en sciences mathématiques (Baccalauréat C). L’opinion familiale compte beaucoup pour moi. J’ai eu la chance d’être dans une famille ouverte, à la différence de beaucoup d’autres confrères Artistes c’est ma famille plus précisément ma grande sœur Angeline, qui m’invite à faire ce choix académique.

Au-delà du body painting vous semblez très attiré par le nu artistique… et spécifiquement sur le corps de femme…

Le body painting c’est l’art de la peinture sur le corps. Corps sans distinction de sexe, je ne suis pas sexiste, j’ai travaillé sur des modèles masculins : Fredy MANYONGO, Simon Fils et bien d’autres… Fredy est d’ailleurs l’un de mes modèles préférés. Maintenant c’est vrai qu’il y a une grosse redondance de modèles féminins dans mon portfolio. Peut-être je suis un pervers qui s’ignore (rire😂) ?! Non ! Je pense juste que la femme est plus vendeur. Pour le nu, au départ c’est un exercice expérimental. En école doctorale mon travail de recherche porte sur le body painting et l’expression du nu. C’est un langage formidable on est soi-même, on ne cache rien, c’est l’état de nature. On est vrai, le nu te donne d’avoir le modèle en entier.

Aviez-vous déjà eu des réticences chez certains de vos modèles sur le nu artistique et quelle relation entretenez-vous ?

Réticence avec un modèle non je ne dirais pas les choses ainsi. Le modèle est un élément important dans mon sujet de création, le choix ne se fait pas à la volée. C’est d’abord une question de feeling on doit sentir le coup avec le modèle réciproquement d’ailleurs. Dans mon processus de travail y a une étape que j’appelle interview c’est un moment de confidentialité avec le modèle qui dure entre une journée et une semaine. Elle consiste en partager le projet artistique avec le modèle. Il est important que le modèle comprenne le projet afin de mieux l’incarner lors de l’étape de la performance. Le modèle ainsi comprends toute son importance. Il est en confiance, le nu n’est plus qu’un détail à ce moment… J’entretiens une relation très intime avec mon modèle !

Comment c’est d’être un artiste au Cameroun surtout dans votre domaine d’art ?

Être un artiste au Cameroun c’est d’avoir la difficulté d’être dans un environnement où on ne comprends pas forcement ce que vous faites, on ne voit pas l’importance de ce que vous réalisez ; mais c’est aussi avoir la chance d’être dans un espace culturellement riche, qui confère des dispositions inouïes pour la création. Je suis un artiste situationniste et c’est un avantage pour moi.

Aujourd’hui comment le public perçoit-il vos œuvres surtout que l’art de la peinture n’est pas très compris au Cameroun ?

Je le disais plus haut on est dans un pays où on ne s’intéresse pas forcément à ce que vous voulez réaliser. C’est juste une question d’intérêt on n’est pas éduqué à l’art… Par ailleurs les mentalités évoluent, on fait des nus artistiques au Cameroun et ça n’a rien de suggestif.

S’il fallait changer quelque chose dans ce milieu au Cameroun que serait-ce pour vous ?

Changer quelque chose !?  Je dirais plutôt qu’il faudrait intégrer l’éducation artistique dès le bas âge. C’est primordial on en a besoin.

On entend que vous avez un projet d’exposition pourriez-vous nous en dire un plus ?

Un projet d’exposition oui il y en a plusieurs. Mais je n’aime pas parler de ce qui n’est pas encore concrétisé.

S’il fallait vous définir en trois mots…

Me définir en trois mots je dirais : imprévisible, joueur et noir.

Êtes-vous plus une eau joyeuse ou un fruit défendu ?

Eau joyeuse ou fruit défendu alors là… Je suis peut-être une eau fruitée ou une joie défendue, mais je n’en sais rien en fait.

Que diriez-vous aux jeunes passionnés qui veulent se lancer dans le même métier que vous ?

Je dirai à tous les jeunes en général de vivre leur passion de ne pas s’arrêter de se donner les moyens d’arriver à son rêve. Y a rien de mieux que de faire ce qu’on aime. On ne travaille plus à ce moment, on s’amuse tout le temps.

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